Théâtre : En Compagnie(s) d'Eté

Théâtre : En Compagnie(s) d'Eté - Théâtre Dans la chaleur de l'été | Une Production G.R.R.R. - 2008 (Septième Saison)


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L'Age d'Or :

de

Georges Feydeau

Adaptation et mise en scène
Susana Lastreto
Musique originale
Annabel de Courson et Jorge Migoya

 

Avec Bernadette Le Saché, François Frapier, Hélène Hardouin, Annabel de Courson, Jorge Migoya, Serge Djenn
(15 acteurs-chanteurs-musiciens, distribution en cours)

LA PIECE

Monsieur et Mme Follentin n'aiment pas leur époque : trop de problèmes dans la vie quotidienne, trop d'injustice à leur égard. Ailleurs et à une autre époque, c'était certainement mieux... Ils rêvent de quitter la leur et le Temps va exaucer leur souhait. Seulement, ils ne tombent pas toujours au meilleur moment dans l'époque qui les accueille. C'est la veille de la nuit de la Saint Barthélémy, par exemple…

Réflexion sur le temps, l'illusion, la société, l'Age d'or, satyrique, onirique, folle, est une pièce extravagante, démesurée, drolissime. Riche matière pour explorer par le rire, les travers de l' être humain en quête du bonheur. Et formidable divertissement !

Pourquoi Feydeau ? Et pourquoi L'Age d'or ?

Les raisons pour lequelles on a envie de monter le texte d'un auteur particulier sont souvent plus mystérieuses qu'on ne le pense. Surtout si, comme c'est mon cas, on est soi-même auteur et on met en scène en priorité ses propres pièces. Pour quelle raison on éprouve un jour le besoin de se confronter à une autre parole, un autre tempo, un autre espace ? On peut répondre par des lieux communs : l'auteur parle de la « société d'aujourd'hui », il est « d'actualité », il met en lumière « l’humanité », dans le cas de Feydeau « il est le mâitre du rythme ». Mais... Voici ce que dit Henry Gidel dans la préface des oeuvres de Feydeau éditées chez Omnibus :

« C'est le mouvement qui constitue le véritable secret de Feydeau.L'auteur en était alors parfaitement conscient puisqu'il y voyait « la condition essentielle du théâtre » et par suite le principal don du dramaturge. C'est pourquoi il était impitoyable pour les acteurs qui ne respectaient pas le tempo qu'il avait expressément prévu pour tel ou tel passage de ses pièces. Ce mouvement rapide est suscité par l'abondance frénétique des péripéties qui, modifiant sans cesse la situation du héros, le font passer constamment de la terreur au soulagement et vice versa (...) D'où l'impression d'un fatum comique qui s'acharne sur eux sans qu'ils puissent s'y opposer davantage que les héros d'Eschyle ou de Sophocle en proie à la haine des dieux ».

Je suis professeur à l'école Internationale de théâtre de Jacques Lecoq, dont j'ai été l'élève. Son enseignement, basé sur le mouvement, se concentre en deux mots essentiels, titre de sa célèbre conférence: « Tout bouge ». Peut-être que ces raisons mystérieuses ont leurs racines dans ce Tout bouge, dans ce rire, dans ce fatum comique, dans cette condition essentielle du théâtre dont parle Feydeau.

Le mouvement : c’est la vie, le théâtre vivant

Le rire : GRRR en a fait l'un des termes de son nom et l'un de ses buts : Groupe Rires, Rage et Résistance. Nos spectacles laissent une grande place au rire, à l'humour, à la légèreté, même au sein du tragique.Et à la cruauté du rire aussi.

Le fatum : le tragique, je l'ai toujours exploré à travers des spectacles comme Le cancan des corps guerriers, il y a quelques années, où un choeur de femmes nous plongeait au coeur de la guerre sans pour autant laisser de côté une forme de rire : bouffon, sauvage, violent. Ou plus récemment, Dans les villes, spectacle choral et musical, lui aussi, sur la ville, ses exclus, sa pression, sa sauvagerie, en chansons et musique. L'idée d'un fatum comique permet de trouver une certaine forme de tragique dans le tempo si véloce et par là, violent, du comique chez Feydeau. Et soudain laisser apparaître son regard impitoyable sur la bêtise humaine, et peut-être aussi, une certaine compassion.

Le plaisir d'une distribution nombreuse : après plusieurs spectacles avec peu d'interprètes, quinze acteurs et actrices sur un plateau constituent un défi, une joie et le rêve, ne serait que pendant un temps, de se retrouver au sein d'une troupe qui explore et développe un langage artistique commun. Le plaisir de jouer Feydeau c'est énormément jouissif dans une vie d'acteur, et nous sommes, à la base, des acteurs.

Je viens de relire les certains écrits d'Antoine Vitez. J'ai soudain pris la mesure de combien sa parole, sa réflexion sur le théâtre, l'acteur et le public est encore pertinente. Certains de ces écrits sont vieux de trente ans et n'ont pas pris une ride. Je me permets d'en emprunter des extraits qui me parlent particulièrement pour en faire le fil conducteur de mes

Intentions de mise en scène

«Et nous tenterons une fois encore de répondre à la question-vertige que se pose l'acteur. Comment jouer tout ? le tout ? Et pas seulement des personnages, mais aussi de rues, des maisons, la campagne, et les automobiles, la cathédrale de Bâle, la vie ?» Antoine Vitez. Programme du spectcle “Les cloche sde Bâle” . 1975.

Depuis des années, dans le prolongement de mon travail à l’École Jacques Lecoq, je mène en compagnie d’acteurs et de musiciens une recherche sur l'acteur-créateur : de personnages, mais aussi d'espaces, d’univers particuliers. Un acteur capable en même temps de raconter et d'être, d’incarner et de montrer, un acteur pas uniquement interprète mais inventeur. Ceci en voyageant dans différents territoires dramatiques : le mélodrame, la tragédie, la comédie humaine, les bouffons, le cabaret. La saison dernière j'a dirigé avec François Frapier, -lui aussi issu de l'école Lecoq- un stage sur la comédie à partir d’une exploration du choeur dans les textes comiques, en l’envisageant comme un choeur de tragédie. Nous avons expérimenté certaines hypothèses en travaillant déjà sur L'Age d'or et cela a été passionnant. Poussant plus loin ce travail et cette recherche, ce sera donc un choeur comique accompagnant, commentant, avertissant, les « héros », - Monsieur et Madame Follentin- le moteur de la mise en scène de L'Age d'or.

Et comment faut-il entendre le mot choeur ?

D’après Jacques Lecoq et les recherches que je mène à l’école, un choeur est un groupe qui s'organise dans l'espace et dont le mouvement équilibre et déséquilibre le plateau selon la dramaturgie proposée par une situation. Il est dynamique et fait corps avec le texte. Autrement dit, c’est un grands corps mouvant, qui lie les acteurs sans qu’ils perdent pour autant leurs particularités. Chaque acteur est unique.

Notre choeur comique sera composé par les acteurs et actrices qui sont au coeur de GRRR depuis longtemps, et par d'autres qui ont participé aux éditions précédentes de En Compagnie(s) d'été et qui partagent désirs, interrogations et buts. Jeunes acteurs, ex-élèves ou non, rejoindront pour ce projet la compagnie, mélangeant générations, expériences, savoirs et découvertes.

LA SCENOGRAPHIE, LES COSTUMES

Nous tentons ce pari : un espace nu, que les acteurs “meubleront”, au sens propre. L’acteur joue tout : portes, canapés, lits, salons et chambres à coucher. Il est et il fait : il peut être à la fois la porte qui s’ouvre et le personnage qui entre, le fauteuil, la table, le tapis et les personnages assis dans le fauteuil, mangeant à la table ou marchant sur le tapis. Les personnages traversent différentes époques, depuis les débuts du XXs, en passant par Louis XV et jusqu'à nos jours : le futur dans la pièce.

Que les costumes puissent « se fabriquer » sous les yeux du public, au gré des besoins. Qu'ils s'inventent dans le moment même par la grâce des acteurs, qui auront à manipuler des tissus de forme et dimensions différentes, est un autre de nos paris. Les costumes seront donc plutôt des suggestions des époques traversées que des costumes « construits ». Il y aura aussi de sortes de « prothèses poétiques », qui pourront grossir un personnage et inventer ainsi, en combinaison avec d'autres, un fauteuil, un canapé, un lit...
Une table se lève et s'en va, une porte entre, s'ouvre et devient un personnage.

LA MUSIQUE

L'Age d'or est une comédie musicale. Les partitions d'origine se sont perdues. Annabel de Courson et Jorge Migoya en écriront des nouvelles. Piano, percussions, clarinette, guitare, voilà les instruments envisagés pour l'orchestre composé par des musiciens qui feront aussi partie du choeur. Certains acteurs et actrices sont aussi d'excellents chanteurs et chanteuses et on les retrouvera dans les solos, duos, trios, etc.

LA LUMIERE

Elle aidera à définir les espaces et aussi à faire surgir par moments une atmosphère onirique. Le voyage des Follentin commence dans le sommeil et dans le rêve et le Temps les pousse, ailleurs…

MONTRER SA RECHERCHE

«Le plus beau théâtre du monde, celui du rêve (comme “le plus beau choix de poèmes”) c'est celui que l'on fait soi-même.(...) Le plus beau théâtre du monde. Qu'on le fasse enfin. Expériences, esquisses irresponsables.(...) “Production d'un côté, recherche de l'autre, c'est un couple sans intérêt. Ce qui m'intéresse, moi, c'est de faire de ma recherche l'objet même de la production, c'est-à-dire de produire la recherche elle-même.» Antoine Vitez Ecrits pour le théâtre

A défaut de le dire mieux, j'essaie de le dire avec mes mots : depuis les débuts de la compagnie, avec quelques fidèles (François Frapier, Annabel de Courson, Hélène Hardouin, et d'autres selon les projets (Wladimir Beltran, Renn Lee...) je cherche surtout à ne jamais m’arrêter à des principes qui seraient immuables. Je cherche à proposer un théâtre vivant, loin de l'ennui, un théâtre qui surprend, qui n'est jamais là où on l'attend, un théâtre qui éveille émotions et réflexions, ni esthétisant ni hermétique ni consensuel ni préténtieux. Un théâtre où avec légèreté on peut parler de choses graves, où on peut rire sans oublier la dureté et la cruauté du monde dans lequel on vit, qui ne refuse pas la cruauté ni le tragique, mais qui fuit la tristesse.

Mélanger avec une immense liberté le tragique, le comique, la musique,le burlesque, la farce, le rêve et le quotidien que l’on observe : tel est notre pari, le mien et celui de mes collaborateurs.

Que l'on parle de guerre, (Le cancan des corps guerriers) de notre quotidien difficile (Dans les villes) d'exil, de chômage, d'exclusion, de mort, de révolution ou d'amour (Nuit d'été..., Les voyages du faune, Couples, Cet infini jardin...), la démarche est la même: il s'agit toujours de travailler avec des artistes qui veulent, dans un monde mercantile, paresseux, cynique, encore espérer dans la possibilité d'un monde meilleur. Cela par l'art du partage, par la politesse du rire.

L'âge d'or existe-il ? A-t-il jamais existé ?

Sommes-nous tous des Follentin courant après des chimères ? Et si après tout l'essentiel était de continuer à avoir envie de rire ? Si c'était ça la mystérieuse raison de notre envie de monter, précisément

L'Age d'Or :

de

Georges Feydeau


Avec le soutien de la Mairie de Paris

de la Mairie du XIVème

du Théâtre 14 Jean-Marie Serreau

de la SACD

Une troupe éphémère estivale